Saint Lymnée

Fête le

Anachorète


Théodoret, évêque de Tyr, s’était fait des amis et des pères des nombreux solitaires qui peuplaient, au cinquième siècle, les déserts de la Syrie, et souvent il les visitait pour s’éclairer de leurs conseils et obtenir par leurs prières des secours pour son âme.

Parmi eux il s’en trouvait un, nommé Lymnée, avec lequel il demeura plusieurs jours et qui lui donna de tels exemples de vertu qu’il voulut les communiquer à son peuple pour l’animer à servir Dieu.

Ce saint homme, dit-il, dans son livre des Amants de Dieu, fut frappé dès son jeune âge des dangers que son âme courait dans le monde, et il se réfugia dans le désert sous la direction d’un célèbre anachorète nommé Thalasse qui avait passé de longues années dans la solitude. La règle que lui imposa ce premier maître fut celle du silence, et Lymnée la pratiqua avec tant d’obéissance que longtemps il n’ouvrit la bouche que pour chanter les louanges de Dieu. Ainsi il évita toutes les fautes de la langue, que saint Jacques appelle la mère de tous les péchés.

Après être demeuré quelque temps avec Thalasse, il alla trouver Maron, solitaire, modèle de mortification et de recueillement, qui passait la plus grande partie de sa vie en plein air, ne rentrant dans l’humble cellule qu’il s’était construite que lorsque la maladie l’y obligeait.

Le disciple recueillit avidement les enseignements et les exemples de ce second Père, et il résolut de les imiter ; avec la grâce de Dieu il put même les dépasser. Il se retira sur la montagne, où il vit maintenant près du bourg de Targalle, et il éleva quatre murs de pierres sèches, qui le séparent des hommes et ne lui permettent de voir que le ciel.

Mais la charité l’obligeant à se rapprocher un peu du monde, il déplaça quelques pierres d’un de ses murs et c’est par cette petite ouverture, qu’il entend les plaintes de ceux qui viennent le visiter, et qu’il donne sa bénédiction aux nombreux malades qui accourent à lui des contrées éloignées pour en recevoir la guérison. Car au nom du Sauveur, comme autrefois les apôtres, il guérit les infirmes, chasse les démons et ressuscite les morts ; ce n’est pas seulement pour le bien des autres que le Seigneur lui a donné cette puissance, il en use aussi pour lui-même quand ses souffrances l’empêchent de vaquer à l’oraison comme il le voudrait.

Un jour il fut pris d’un mal d’entrailles si violent qu’il se crut arrivé à sa dernière heure.

Cependant, il n’eut point recourt aux médecins, il ne changea pas les racines et les herbes sèches qui composaient sa nourriture contre des aliments plus sains, mais s’étendant sur la pierre qui lui servait de couche, il chanta les psaumes en se marquant fréquemment du signe de notre salut, et peu à peu ses douleurs disparurent.

Une autre fois, comme il se promenait pendant la nuit, il marcha sur une vipère endormie ; l’animal s’éveilla en fureur et mordit cruellement le pied du serviteur de Dieu ; celui-ci porta instinctivement la main droite à sa blessure, le serpent s’y attacha, la piqua avec colère et y infiltra son mortel poison ; la main gauche étant venue au secours de la main droite, le serpent la mordit à son tour, et le pauvre moine ainsi maltraité se sentit envahi par des douleurs qui devenaient d’instant en instant plus vives et plus brûlantes, à mesure que le venin terrible envahissait son corps. Mais loin de se plaindre, Lymnée, comme Job, bénit la main du Seigneur qui l’avait ainsi frappé et le Seigneur, récompensant sa patience comme celle du saint patriarche, le guérit de tous ses maux.

Par amour de Dieu notre saint s’était fait solitaire ; par amour des âmes, qu’il voulait conquérir à Dieu, il communiqua avec le monde et peupla son désert.

Parmi les nombreux malades qui vinrent implorer sa bénédiction, il s’en trouva plusieurs qui ne purent recouvrer la santé, le Seigneur les ayant frappés en punition de leurs péchés. Pour guérir leurs âmes, Lymnée fit élever avec les aumônes des fidèles deux édifices spacieux, l’un à droite et l’autre à gauche de sa retraite où il recueillit ces malheureux ; et lui, pauvre de Jésus-Christ, justifiant cette parole du Sauveur : « Vous qui avez tout quitté pour moi vous retrouverez le centuple », il pourvoit chaque jour à la subsistance de cette nombreuse famille d’indigents, logée par ses soins, tandis que lui-même passe sa vie en plein air dans son enclos.

Pour toute occupation, il les a chargés de prier Dieu et de le bénir ; il leur a appris le Psautier, il ne manque jamais de chanter avec eux, et sa voix fait écho à la leur.

Voilà, dit Théodoret en achevant son récit, quelle est la vie du saint moine Lymnée qui combat ainsi pour le service de Dieu depuis plus de trente-huit ans.