Saint Euthyme le Grand

Fête le 20 janvier

Abbé des monastères de Palestine


Naissance miraculeuse de saint Euthyme

L’empereur Julien l’Apostat venait de rendre son âme au diable en s’écriant : Galiléen, tu as vaincu ! Valens, son successeur, s’étant fait baptiser par les Ariens reprenait sous une autre forme la persécution contre les catholiques. Les évêques étaient envoyés en exil ou mis à mort, les religieux chassés de leurs monastères et soumis aux plus cruels traitements. Les barbares étaient sur toutes les frontières de l’empire, prêts à l’envahir ; saint Jérôme dans sa douleur s’écriait : Le monde romain s’écroule !

Ce fut dans ces temps de désolation (377) que saint Euthyme vint au monde. Sa naissance fut miraculeuse. Son père Paul et sa mère Denyse étaient comptés parmi les citoyens les plus nobles de la ville de Mélitène, en Arménie. Chrétiens fervents, leur vie était partagée entre la prière et l’aumône. Une chose cependant venait troubler leur bonheur, ils n’avaient point d’enfants. Les prières ferventes qu’ils adressaient à Dieu semblant demeurer stériles, ils s’adressèrent au martyr saint Polyeucte, pour obtenir par son intercession ce que les prières seules ne pouvaient point obtenir. Une nuit qu’il était en prière dans une église dédiée à ce saint martyr, ils entendirent une voix qui leur disait :

- Prenez courage, Dieu va vous donner un fils, vous l’appellerez Euthyme, sa vie sera sans reproche et sa naissance sera un gage de la paix que le Seigneur veut rendre à son Eglise.

La prédication ne fut point vaine. Denyse mit au monde un fils. Elle le nomma Euthyme, et cinq mois seulement après la naissance de cet enfant béni, l’empereur Valens fut brûlé par les barbares près de la ville d’Andrinople, et sa vie mit fin à la persécution.

Agé de trois ans seulement, Euthyme perdit son père. Son oncle maternel, appelé Eudoxe, se chargea de son éducation, et le présenta à l’évêque de Mélitène, Otrée, pour qu’il le reçût au nombre de ses clercs. Comme Eudoxe avait placé l’enfant aux pieds de l’évêque, celui-ci dans une vue prophétique de l’avenir s’écria :

- Vraiment, l’Esprit de Dieu reposera sur cet enfant. Puis il le baptisa et le mit au nombre des lecteurs.

Lorsqu’il eut l’âge d’étudier, l’évêque le confia à deux maîtres habiles et saints pour le former aux sciences et à la pratique de toutes les vertus. Euthyme s’adonna avec tant d’ardeur à l’étude, que les progrès qu’il fit devinrent un sujet d’admiration pour tous ceux qui en entendaient parler. Les divines écritures surtout étaient l’objet continuel de ses méditations. Il les lisait nuit et jour et apprenait de mémoire les passages qui avaient touché son cœur. Il voulait imiter les saints dont on lui faisait lire la vie , non seulement dans leur science, mais encore dans la pratique de leurs vertus et de leurs austérités. Il ne mangeait jamais rien de superflu ; il assistait aux offices divins avec un tel recueillement, qu’on l’aurait pris pour un ange. Toujours occupé il savait cependant trouver du temps pour s’entretenir avec Dieu dans la prière. Il sortait toujours de l’oraison avec de nouvelles lumières pour l’étude et de nouvelles forces pour se maintenir et faire des progrès dans la pratique de toutes les vertus.

Il est ordonné prêtre.

Son amour pour la solitude et le silence.

Lorsqu’il eut terminé ses études, il fut ordonné prêtre. Sa science prodigieuse et son incomparable sainteté le firent choisirent pour diriger les nombreux monastères situés dans la ville de Mélitène. Euthyme accepta par obéissance la lourde charge qu’on lui imposait. A l’âge de vingt-neuf ans, croyant que la sollicitude de tant de monastères l’empêchait de songer à son âme, il quitta secrètement la ville, et se mit en route pour la Palestine afin d’y visiter les lieux témoins de la passion de notre divin Sauveur.

Après avoir accompli son pèlerinage, il alla visiter les monastères voisins de Jérusalem appelés laures, parce que les cellules y sont séparées les unes des autres de manière à former un espèce de village. La vie austère et silencieuse que menaient les religieux de ces monastères redoublant son amour pour la retraite, il résolut de s’établir dans la laure de Pharan, située à six mille de Jérusalem. Il devint bientôt un des solitaires les plus fervents : il ne mangeait que le dimanche, et tressait des nattes pour en distribuer le prix aux pauvres. On ne le vit jamais se coucher sur un lit, mais quand il ne pouvait plus résister au sommeil, il s’appuyait contre le mur se soutenant avec une corde suspendue au plafond. Malgré cela, dès qu’il sentait qu’il allait s’endormir, il se disait à lui-même ces paroles de saint Arsène :

- A quoi penses-tu donc, lâche et misérable ?

Ayant appris qu’un moine nommé Théoctiste menait une vie semblable à la sienne, il alla le trouver et se lia d’amitié avec lui. Tous les ans, après l’octave de l’Epiphanie, ils se rendaient tous deux dans la solitude de Cutile, afin que, séparés du commerce de leurs frères, ils pussent se livrer entièrement à l’oraison jusqu’au dimanche des Rameaux. Après avoir mené cette vie pendant cinq ans, ils s’enfoncèrent plus avant dans le désert, et Dieu leur montra près d’un précipice une grande caverne, où ils habitèrent longtemps inconnus, n’ayant pour toute nourriture que des herbes sauvages. Mais Dieu, qui, dans sa providence les destinait à être pour beaucoup un moyen de salut, permit qu’ils fussent découverts par des bergers d’un village voisin. Deux religieux de la laure de Pharan, Marin et Luc, ayant appris leur retraite, vinrent se mettre sous leur direction et firent de tels progrès dans la vertu, qu’ils furent choisis par Dieu pour être les maîtres spirituels du grand saint Théodose, chef et fondateur de beaucoup de monastères en Palestine. Un grand nombre d’autres moines vinrent aussi chercher près de saint Euthyme l’aliment de leurs âmes et lui découvrir leurs plus secrètes pensées. En habile médecin des âmes, Euthyme savait donner à chacun les remèdes dont il avait besoin. La pauvreté, l’obéissance et l’humilité étaient les vertus qu’il chérissait le plus dans ses disciples. Il leur recommandait aussi le silence et le travail des mains.

Conversion d’une tribu de Sarrasins.

Le chef d’une tribu de Sarrasins, nommé Aspébète, avait un fils paralytique du nom de Térébon. Comme il n’avait que ce seul fils, il cherchait tous les moyens pour obtenir sa guérison, mais tout avait été inutile. Une nuit, Térébon, réfléchissant en lui-même, se dit :

- Quelle utilité ai-je retirée des arts magiques et de la médecine ? A quoi m’ont servi les prestiges des astrologues et les histoires fabuleuses de nos superstitions ?

Se rappelant alors le courage des chrétiens persécutés par le roi de Perse, il s’écria :

- Dieu des chrétiens, accordez-moi la guérison que ne peuvent pas me donner mes dieux, et je me ferai chrétien.

S’étant endormi après cette prière, il vit un moine aux cheveux blancs qui lui demanda quelle était sa maladie.

- J’ai la moitié du corps paralysée, répondit Térébon.

- Es-tu résolu, reprit le moine, d’accomplir la promesse que tu as faite au Dieu des chrétiens ?

Sur la réponse affirmative de Térébon, le moine continua :

- Je suis le solitaire Euthyme ; j’habite dans une caverne, à six mille de Jérusalem. On s’y rend par le chemin qui conduit à Jéricho. Si tu veux être guéri, rends-toi dans cette solitude.

La vision disparue, Térébon se réveilla et raconta à son père ce qui venait de lui arriver, et ils se rendirent tous deux, suivis d’une troupe nombreuse de Sarrasins, à la caverne indiquée. Ils y trouvèrent Euthyme qui, faisant le signe de la croix sur le corps du paralytique, le guérit à l’instant. Les Sarrasins, émerveillés d’une telle puissance, demandèrent immédiatement le baptême. Euthyme jugeant que la conversion était sincère, les baptisa. Aspébète reçut le nom de Pierre et devint plus tard évêque des Sarrasins soumis à sa domination. Il en convertit un grand nombre par ses prédications et ses exemples, et mourut saintement.

Ce miracle attira vers Euthyme un grand nombre de malades ; mais le saint, effrayé d’un tel concours, se retira dans le désert de Ruban, près de la mer Morte, désert où Notre-Seigneur permit au démon de venir le tenter. Il monta ensuite sur la montagne de Mardes, où le démon transporta le Sauveur pour lui montrer tous les royaumes de la terre. Bientôt après, il fut obligé d’abandonner cette solitude, un grand nombre de personnes accourant vers lui, parce qu’il avait chassé le démon du corps d’un possédé. Il retourna dans sa première solitude, près de Théoctiste et de ses anciens religieux. Sous sa direction la laure devint en peu de temps aussi grande et aussi peuplée que celle de Pharan.

Ses prédictions et ses miracles.

Anastase, le custode des vases sacrés de Jérusalem, enflammé d’un grand désir de voir Euthyme, vint à la laure avec l’évêque Phidon et le gardien de la Croix, nommé Cosmas. Quoique que le saint n’eût pas été averti, il sut qu’ils arrivaient, par révélation ; il appela l’économe Chrysippe et il lui ordonna de préparer les choses nécessaires pour recevoir les hôtes que Dieu leur envoyait. Il ajouta même : Le patriarche de Jérusalem est avec eux. Lorsque Anastase et ses compagnons furent près du saint, celui-ci, saisi de l’esprit de Dieu, se mit à converser avec Anastase comme s’il se fût adressé au patriarche de Jérusalem. Comme on lui faisait remarquer qu’Anastase était vêtu plus somptueusement que n’avait coutume d’être vêtus les patriarches de Jérusalem, il répondit en s’adressant à Anastase :

- Croyez-moi, mon fils, je vous ai vu revêtu de la robe blanche de patriarche, Dieu ne m’a point trompé, vous serez patriarche de Jérusalem.

En effet, peu de temps après, Anastase montait sur le siège patriarcal de Jérusalem.

Un de ses religieux, nommé Domnus, avait pour oncle Jean, patriarche d’Antioche. Celui-ci s’étant laissé surprendre par les partisans de Nestorius, Domnus demanda à Euthyme la permission de se rendre à Antioche, afin de ramener son oncle à la religion catholique.

- N’y allez pas, mon fils, lui répondit le saint, il ne vous est pas avantageux de vous éloigner du monastère. Dieu ne veut pas se servir de vous pour retirer votre oncle de son erreur. Si vous sortez d’ici, vous serez saisi d’un désir de vaine gloire, on vous proclamera patriarche, mais bientôt après vous serez dépossédé du patriarcat et réduit au rôle le plus humiliant.

Le religieux ne se rendit pas aux avis de son abbé et partit pour Antioche. Tout ce qu’Euthyme lui avait prédit se vérifia. Revenu à lui-même, contrit et humilié, il vint se jeter dans les bras d’Euthyme, lui demanda pardon, et passa le reste de sa vie à faire pénitence.

Non seulement saint Euthyme lisait dans l’avenir, mais encore dans les consciences. C’est par ce dont précieux qu’il confirma dans leur vocation deux religieux qui avaient la tentation de retourner dans le monde. Il délivra un autre religieux du démon d’impureté par qui il avait été saisi pour avoir donné son consentement à une mauvaise pensée. Il vit un jour un religieux qui, à cause de son impudicité, quoiqu’il parût mener une vie très chaste, avait l’âme torturée par son ange gardien.

Il voyait souvent, pendant qu’il célébrait la sainte messe, des milliers d’anges qui venaient s’unir au saint sacrifice. D’autrefois, en distribuant la sainte communion, il voyait les uns recevoir la vie, et les autres manger leur propre condamnation.

Nous avons raconté déjà quelques miracles de saint Euthyme ; en voici d’autres qui nous montrent combien était grande auprès de Dieu la puissance de notre saint. Dans un temps de sécheresse, les citernes de la laure se trouvant vides, les moines et le peuple des environs accoururent au grand Euthyme pour le supplier de demander au Seigneur qu’il leur envoyât de la pluie. Le bienheureux refuse par humilité d’adresser au Seigneur une telle prière, tous les frères et un grand nombre de personnes des villages voisins se mirent en procession, en chantant de cœur encore plus que de bouche le Kyrie eleison, et se rendirent près d’Euthyme. Le saint abbé, touché de compassion leur adressa ces paroles : Mes enfants, ma foi en Dieu n’est pas assez grande pour que j’aie la témérité de m’adresser à lui. Qui suis-je, moi, sinon le plus pécheur de tous ? Mais comme Dieu est bon et clément, et qu’il ne demande qu’une occasion pour verser plus abondamment sur nous tous les trésors de sa miséricorde, prosternés devant sa Majesté, prions-le avec ardeur. Père saint, répondirent les frères d’une commune voix, priez-le vous-même pour nous, car le Seigneur a dit qu’il accomplirait toujours la volonté de ceux qui le craignent. Alors le bienheureux Euthyme, prenant avec lui quelques moines, entra dans un oratoire et, se prosternant la face contre terre, il priait avec abondance de larmes. Il n’avait pas encore achevé sa prière quand on entendit tout à coup le tonnerre gronder et la pluie tomber avec tant d’abondance que la terre en était inondée.

Un autre jour, quatre cents Arméniens qui descendaient de Jérusalem vers le Jourdain s’étant égarés, vinrent à la laure pour y demander l’hospitalité. Le saint n’avait pas de quoi nourrir les frères pendant un jour ; malgré cela, il fit appeler l’économe et lui ordonna de donner à manger aux hôtes qui venaient d’arriver. Celui-ci se rendit à la boulangerie pour prendre les quelques pains qui restaient, mais il ne put ouvrir la porte. Alors il l’enleva en la faisant sortir des gonds , mais quelle ne fut pas sa surprise de trouver la boulangerie remplie de pain jusqu’au plafond ! Le vin et l’huile se trouvèrent aussi avoir été multipliés de telle sorte qu’on put nourrir cette nombreuse caravane.

Marchant un jour dans un désert aride avec deux autres religieux, et les voyant à demi-morts de soif, il creusa un peu la terre avec une bêche et aussitôt il en sortit de l’eau en abondance.

Son zèle pour la défense de la foi

Saint Euthyme n’a pas seulement reçu le nom de Grand, à cause de ses nombreux miracles, mais aussi à cause de son zèle ardent à combattre les hérétiques et à maintenir ses frères dans la foi orthodoxe.

L’humilité et la douceur étaient les deux vertus dominantes du grand Euthyme ; mais quand il s’agissait de combattre les hérétiques, et de défendre les intérêts de l’Eglise, sa douceur se changeait en un zèle ardent. On aurait pu lui appliquer cette parole : « Dulcius melle, fortius leone. » Plus doux que le miel, plus fort que le lion.

Les Manichéens, les Origénistes, les Ariens et les Sabelliens ne furent pas épargnés ; il eut le bonheur de voir un bon nombre de Manichéens revenir à la vraie foi.

Les deux hérésies d’Eutychès et de Nestorius furent celles qu’il combattit avec le plus de succès. Euthyme était âgé de soixante-quinze ans quand se tint en Chalcédoine le concile qui condamna les erreurs d’Eutychès. Plusieurs pères du concile ne voulurent point souscrire à la définition de la foi proposée, sans avoir demandé l’avis du grand abbé, ce qui nous prouve combien était grande l’estime que des évêques même avaient de sa science et de sa vertu.

Son approbation aurait persuadé tous les religieux et les solitaires de Palestine, si un moine du nom de Théodose, animé d’un esprit infernal, ne s’était mis à parcourir les monastères, enseignant que le concile de Chalcédoine avait renouvelé les erreurs de Nestorius. Ce moine indigne sut gagner les bonnes grâces de l’impératrice Eudoxie qui se trouvait alors en Palestine, usurpa le siège de Jérusalem et de là répandit ses erreurs dans toute la Palestine. Euthyme et ses religieux furent les seuls qui résistèrent à l’intrus et ne voulurent d’aucune façon communiquer avec lui.

Cependant plusieurs évêques écrivirent à l’impératrice Eudoxie pour lui montrer les mensonges de Théodose et la supplier de revenir à la foi catholique. Eudoxie différait toujours d’accéder à leurs prières lorsqu’elle apprit que leur gendre avait été tué et que sa fille avait été prise par les ennemis et conduite à Carthage. Ce triste événement fut pour elle le coup de la grâce ; elle envoya consulter saint Siméon le Stylite pour apprendre ce qu’elle avait à faire. Le saint lui répondit : « Pourquoi vous adresser à moi ? vous avez près de vous le divin Euthyme, vous n’avez qu’à suivre sa doctrine et ses conseils et vous ferez sûrement votre salut. »

Eudoxie se rendit immédiatement dans la solitude où se trouvait Euthyme, y fit construire une tour à trente stades de la laure afin de pouvoir jouir sans aucun empêchement des entretiens du bienheureux. Lorsque la tour fut terminée, Eudoxie s’y rendit et fit prier Euthyme de vouloir bien venir la voir. Le saint abbé se rendit à ses vœux. Dès qu’Euthyme l’aperçut, elle se mit à genoux, et s’écria remplit de joie : Maintenant je sais que le Seigneur m’a visitée. Le saint lui donna sa bénédiction, la fit relever et lui dit : Prenez garde ma fille, et soyez prudente à l’avenir. Parce que vous avez favorisé les erreurs de Théodose, de grands maux fondront sur vous. Mais ayez confiance en Dieu. Recevez les quatre conciles œcuméniques et rentrez dans la communion de Juvénal, patriarche de Jérusalem.

Après ces paroles, Euthyme pria pour l’impératrice et se retira. Eudoxie accomplit à la lettre toutes les recommandations qui venaient de lui être faites, et par son exemple, entraîna un nombre considérable d’hérétiques à rentrer en communion avec l’Eglise catholique.

Eudoxie pour expier sa faute, fit bâtir en Palestine un nombre immense d’églises et de monastères. Un jour, elle vint de nouveau trouver saint Euthyme pour s’entretenir avec lui, avec la pensée secrète de lui fournir des secours pour ses monastères. Lorsque le saint fut près d’elle, il lui dit : Ma fille, votre sortie de ce monde est bien proche. Pourquoi vous occuper de tant de choses étrangères au salut de votre âme ? Pour ce qui est du secours à laisser à nos monastères, n’en soyez pas inquiète ; Dieu saura pourvoir à nos besoins. Quatre mois à peine après cet entretien, la princesse rendait son âme à Dieu.

L’impératrice Eudoxie ne fut pas la seule que saint Euthyme eut le bonheur de ramener à la vraie foi. On compte encore un anachorète d’une vertu très haute nommé Gérasime.

Sa mort

Dieu qui avait révélé à son serviteur la mort de tant d’autres, ne voulut pas lui cacher l’heure où il viendrait le chercher pour lui donner la récompense de ses travaux. La veille de la fête du grand saint Antoine, réunissant les prêtres après l’office de la nuit, il leur dit : « Mes frères, c’est la dernière vigile que je passe avec vous. Dieu va bientôt m’appeler à lui. » Le lendemain tous les religieux accoururent pour le voir une dernière fois et il leur adressa ses dernières recommandations.

« Mes pères, mes frères et mes fils, leur dit-il, me voici sur le point de mourir. Vous montrerez que vous m’aimez véritablement si vous gardez fidèlement les règles que je vous ai données. Tâchez surtout d’acquérir la vertu de charité, qui est le lien parfait de toutes les vertus. Ce que le sel est au pain, la charité l’est aux autres vertus. Elle est plus grande que l’humilité, car c’est par charité que Notre-Seigneur a voulu s’humilier et se faire comme l’un d’entre nous. Voici ma dernière recommandation : Que votre porte ne soit jamais fermée aux pèlerins et aux étrangers, mais au contraire qu’il y ait toujours dans vos monastères un endroit convenable pour les recevoir. »

S’adressant alors à tous les religieux, il les pria de vouloir bien lui désigner celui d’entre eux qu’ils désiraient avoir pour supérieur, après sa mort. Tous ayant répondu d’une voix unanime qu’ils voulaient Domitien, son compagnon le plus intime. « Cela ne se peut, répondit-il, Domitien ne me survivra que sept jours. »

Les frères choisirent alors le moine Elie originaire de Jéricho. Le saint se tournant alors vers l’élu : Voilà, dit-il, que tous les pères vous choisissent pour être leur pasteur et leur supérieur. Votre devoir est de vous sanctifier et de les sanctifier avec vous. Puis s’adressant une dernière fois à tous les frères, il leur dit : « Si je trouve grâce auprès de Dieu, je lui demanderai comme première faveur que son Esprit-Saint demeure toujours avec vous et avec vos successeurs. »

Après ces paroles, il renvoya tous les religieux, ne retenant près de lui que Domitien avec qui il passa les trois jours suivants. Le samedi dans la nuit, il passa de cette terre à la béatitude éternelle, plein de jours et de bonnes œuvres devant Dieu et devant les hommes.