Annonciation

Fête le 25 mars


Excellence et utilité du mystère de l’Annonciation

L’Eglise nous recommande de réciter trois fois le jour ces paroles par lesquelles nous rappelons le mystère de l’Annonciation et de l’Incarnation du Sauveur : « L’Ange du Seigneur a porté un message à Marie, et elle a conçu du Saint-Esprit. Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. » Cette prière de l’Angelus a été instituée par l’Eglise pour implorer le secours du Ciel en faveur des guerriers chrétiens qui combattaient en Occident contre l’invasion des Turcs. Rappeler à Dieu la grande miséricorde qu’il nous a faite en nous donnant son Fils par Marie est en effet le moyen le plus efficace d’attirer sa protection sur la chrétienté rachetée par le sang du Christ. Et, pour que nous ne perdions jamais le souvenir de ce mystère secourable, chaque jour, le matin, le midi et le soir, l’Eglise nous invite par neuf sons de cloche à nous unir aux neuf chœurs des anges pour saluer la Mère de notre Sauveur.

L’homme a été créé de Dieu pour accomplir un grand travail, celui de mériter le ciel. Il n’en saurait venir à bout sans l’aide de Dieu. Mais, par son péché, il s’était privé du secours divin, et ne pouvait plus parvenir à sa fin.

« Il y avait, dit saint Vincent Ferrier, un grand roi qui possédait une vigne auprès de son palais. Il y envoya des ouvriers en leur promettant un riche salaire s’ils pouvaient le bêcher en un jour, faute de quoi ils ne recevraient que des châtiments. Ces hommes donc travaillaient avec beaucoup de diligence, et cependant, à la tombée du jour, il leur en restait à faire encore plus qu’ils n’avaient fait. Le fils du roi voyant, par une fenêtre du palais, qu’ils ne pouvaient suffire à la tâche, eut pitié d’eux et voulut les aider. Quittant ses ornements royaux, il prit l’habit d’un vigneron, et descendit vers ses serviteurs. Il les aida si bien qu’ils achevèrent leur travail et reçurent leur salaire. »

C’est ainsi que le Fils du souverain Roi, voyant le genre humain suer à la peine, sans pouvoir venir à bout d’accomplir le travail de son salut, descendit en ce monde et se revêtit, dans les entrailles de la Bienheureuse Vierge Marie, de la forme de l’esclave, pour aider ses esclaves et leur mériter une part à sa royauté divine. Il s’abaisse jusqu’à nous pour nous élever jusqu’à lui. Car, comme dit l’Evangile : « Nul ne peut monter au Ciel, sinon celui qui est descendu du Ciel, le Fils de l’homme qui est dans le sein du Père. »

Il fit annoncer son arrivée en ce monde par un ange à la Vierge Marie. Qui aurait vu des yeux du corps, dit le Père d’Argentan, ce qui se passait invisiblement lorsque l’archange saint Gabriel prononça ces grandes paroles : Ave gratia pleina, Dominus ecum, avouerait que jamais jour n’a été si célèbre dans toute la durée des siècles ; il avouerait que, comme ce jour était celui de l’entrée magnifique de la grâce en ce bas monde, d’où les démons l’avaient bannie dès le commencement, le jour de l’entrée triomphante des victorieux dans l’île de leur conquête n’était rien en comparaison. Mais qui aurait fait attention avec quelle magnificence elle y entrait n’aurait vu rien de si auguste. Trois personnes la portaient en triomphe : un ange, une Vierge et un Dieu ; un ange qui l’annonçait, une Vierge qui la recevait et un Dieu qui la possédait. L’ange la portait sur ses lèvres, la Vierge la recevait dans son chaste sein, et Dieu en portait le trésor inépuisable dans son cœur.

Préparation divine

L’ambassade de l’ange Gabriel auprès de la Vierge Marie est la contre-partie du funeste entretien du serpent maudit avec Eve, notre première mère, figure par opposition de Marie. Eve et Marie sont vierges et encore exemptes de tout péché. A l’une et à l’autre, un ange adresse la parole. Mais le tentateur fait entendre une parole de doute, de désobéissance et d’orgueil : « Pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres du jardin ? » Gabriel, qui apporte le salut, parle bien autrement : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Eve discute imprudemment avec le serpent et boit son venin qui infectera toute sa race. Marie, la Vierge très prudente, après s’être assurée qu’elle traite avec un ange de lumière, obéit humblement et par son obéissance lève la malédiction et reçoit le salut du monde entier.

Cette humilité de Marie est figurée dans l’Ancien Testament par Abigaïl, qui mérita d’être l’épouse de David. L’impie Nabal, son premier époux, délivré de ses ennemis par l’épée de David, avait refusé de lui donner des vivres pour lui et ses hommes. David, dans sa juste colère, résolut d’exterminer jusqu’à la dernière âme vivante de la maison de Nabal. Mais Abigaïl détourne le coup par l’humilité de sa prière. Elle vient à la rencontre de David, apportant une grande abondance de provisions, et lui dit : « Ne pensez plus à Nabal, cet homme insensé, mais recevez cette bénédiction que votre servante présente à son Seigneur, et distribuez ce don à tous les serviteurs qui vous accompagnent. David touché de son intercession, lui répondit : « Béni soit le Seigneur Dieu d’Israël qui t’envoie au-devant de moi, bénie soit la parole que tu as prononcée ; et soit bénie aussi toi qui m’as empêché aujourd’hui de verser le sang et d’accomplir ma vengeance. » Nabal fut frappé par la main de Dieu et David couronna Abigaïl reine, et la fit asseoir sur son trône. Touchante image de la Vierge Marie qui obtient le salut de tout son peuple, et en devenant Mère de Dieu, mérite d’être couronnée reine sur tout l’Israël spirituel !

Marie, libératrice, nous est encore présentée par les saints livres sous l’image de Débora la prophétesse, dont il est écrit : « La race des forts avait disparu d’Israël, jusqu’au jour où s’éleva Débora, où parut celle qui est la mère dans Israël. Le Seigneur a inauguré un nouveau genre de combat : il a forcé les portes de son ennemi. » Car Marie est nécessaire dans les desseins de Dieu pour gagner la victoire contre ses ennemis. Le Verbe de Dieu lui dit, comme Balac à Débora : « Si tu viens avec moi, j’irai ; si tu ne veux point venir, je n’irai pas non plus. »

La céleste ambassade

L’archange saint Gabriel fut choisi de Dieu pour faire à Marie cette proportion d’où dépendait la victoire de l’humanité contre le démon.

Pourquoi cet honneur lui fut-il accordé de préférence aux autres esprits bienheureux ? Parce que, dit saint Bernard, Gabriel était l’ange gardien de la Sainte Vierge, et que Dieu a coutume de nous communiquer ses grâces par l’intermédiaire de nos anges gardiens.

Saint Grégoire en donne une autre raison : « C’est que l’incarnation du Fils de Dieu est un mystère si sublime et si difficile que Dieu y a employé toute la force de son bras. Il appartenait donc principalement à l’ange Gabriel, dont le nom signifie la force de Dieu, d’être le négociateur de cette grande entreprise. »

Mais, la Vierge Immaculée, depuis son mariage avec Joseph, habitait à Nazareth, la ville des fleurs, dans la maison de son époux. Les deux saints personnages étaient d’illustre origine. Ils descendaient du saint roi David, et avaient des titres à régner sur tout Israël. Et cependant ils n’étaient pas entourés d’une brillante cour ni logés dans un beau palais. Joseph était un simple artisan, qui gagnait son pain à la sueur de son front, et Marie le servait de ses mains.

Quoique mariés pour obéir aux exigences de la loi et à l’ordre du Pontife, tous deux avaient consacré au Seigneur leur virginité, renforçant ainsi, selon l’estime qu’en auraient fait les hommes, à l’espoir de donner le jour au Messie attendu, qui devait naître de leur famille.

Quand Marie sortait de sa demeure et parcourait la gracieuse vallée de Nazareth, les femmes la regardaient sans doute comme la meilleure et la plus douce d’entre elles ; mais rien de plus ne la distinguait des autres. La plénitude de grâce dont son âme était enrichie n’était connue que de Dieu et de ses anges. Seuls, les anges dans le ciel et les fleurs dans la vallée devaient s’incliner par respect et la saluer à son passage.

C’est sur cette vallée que la Sainte Trinité fixait son regard de prédilection. C’est là que le salut devait être apporté au monde ; et les esprits bienheureux commis à la garde des hommes y venaient souvent prier avec Marie, et répéter ce cri du Prophète : « Cieux, envoyez votre rosée, et que la terre enfante son Sauveur ! »

L’heure fixée dans les décrets de l’éternelle miséricorde arriva enfin.

C’était le 25 mars, à minuit : «  La vierge Marie veillait dans son oratoire, dit saint Vincent Ferrier, et elle relisait la parole d’Isaïe : « Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils, qui sera appelé Emmanuel. » Arrêtant sa lecture, elle se mit à méditer sur cette prophétie, et elle pensait dans son cœur : « O Seigneur, quelle sera cette vierge digne de concevoir le Fils de Dieu, digne d’être la Mère de Dieu et la Reine de ciel ? »

« Et elle priait le Seigneur de la laisser vivre assez longtemps pour voir cette bienheureuse Dame et pour la servir : « Seigneur, disait-elle, conservez-moi la vue pour la regarder, l’ouïe pour l’entendre, la langue pour lui parler, les mains pour la servir. Oh ! que bénie sera cette vierge. » En parlant ainsi, elle pleurait, trop humble pour supposer que les paroles du prophète s’appliquaient à elle. »

C’est en ce moment que l’ange Gabriel, revêtu d’un corps d’emprunt, apparut dans l’oratoire de la Vierge. Il entra sans ouvrir les portes, car le corps qu’il avait pris n’était pas d’une matière grossière et opaque comme la nôtre. «  Il entra en silence et avec une profonde humilité, dit d’Argentan, parce qu’il ne venait pas pour commander, mais pour demander, en priant, le consentement de la Vierge. » Une grande multitude d’anges l’accompagnaient invisiblement, pour rendre hommage au Verbe éternel dans le premier instant de son Incarnation, et faire cortège au Roi de gloire au jour de ses épousailles avec la nature humaine.

Marie le vit venir à elle environné d’une brillante lumière, revêtu d’habits éclatants. Elle le vit des yeux du corps, mais en même temps le regard de son intelligence pénétra sa nature spirituelle.

L’ange lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » C’était là un langage bien nouveau. D’ordinaire quand les anges apparaissent aux hommes dans l’Ancien Testament, ce sont les hommes qui leur donnaient des témoignages de respect. Ici, au contraire, c’est l’ange qui parle avec révérence, quoiqu’il parle comme représentant de Dieu. – Les espagnols commencent l’Ave Maria en ces termes : « Dieu vous salue, Marie » Le Fils salue sa Mère, le Saint-Esprit salue son Epouse.

Marie se trouble en entendant ce salut. Ce qui cause son effroi, ce n’est pas la vue de l’ange. Les esprits célestes lui apparaissaient souvent dans ses prières, et elle avait l’habitude de traiter avec eux. Mais son humilité se trouble des paroles qu’elle entend.

« Au moment où l’ange entra dit encore saint Vincent Ferrier, elle songeait à la Vierge prédite par Isaïe et à la sublimité de la grâce qui remplirait son âme, et voici qu’elle s’entendit appeler pleine de grâce, comme s’il disait : C’est vous qui êtes cette Vierge favorisée de la grâce. Elle méditait sur les grandeurs de celle qui serait Mère de Dieu, et elle s’entend dire : « Le Seigneur est avec vous. Il est avec toutes les créatures ; mais avec vous par une union plus intime. » Elle pensait à l’excellence de la Vierge Mère de Dieu au-dessus de toutes les femmes, et l’ange lui dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes. »

Si l’ange l’eût abordé comme à l’ordinaire, Marie n’eût pas été étonnée. Elle tremble à cause de la nouveauté de son discours.

Mais Gabriel la rassure. C’est le propre des manifestations de la grâce divine d’effrayer les pauvres âmes humaines, parce qu’elles leur ouvrent un monde où l’on ne pénètre qu’en se renonçant et en mourant à soi-même. Mais la grâce apporte avec elle une vertu qui rassure et console ceux qui l’acceptent : « Ne craignez rien, Marie, lui dit l’ange ; car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. » - Et quelle grâce ? demande saint Bernard : la paix entre Dieu et les hommes, la destruction de la mort, la réparation de la vie ; voilà ce que Marie a trouvé devant le Seigneur.

Le traité entre Dieu et la nature humaine représenté par Marie

Après avoir ainsi rassuré la Vierge, Gabriel, au nom de Dieu, lui explique le sujet de son ambassade et lui propose le merveilleux traité, l’admirable commerce que le Créateur veut négocier avec sa créature.

« Voici, dit-il que vous concevrez et enfanterez un fils, et vous l’appellerez JESUS. Il sera grand, et on l’appellera le Fils du Très Haut. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père, et il régnera éternellement sur la maison de Jacob. »

A ce nom de JESUS, Marie s’inclina sans doute avec un grand respect. Puis, réfléchissant à tous les biens qui devaient accompagner sa naissance, sa soumission à la volonté de Dieu et sa charité pour les hommes lui persuadaient de consentir à la parole de l’ange ; mais, d’autre part, se souvenant du vœu avec la maternité divine, elle voulait être éclaircie sur ce point, et posa aussi sa condition au traité qu’il s’agissait de conclure :

« Comment cela se fera-t-il, dit-elle, puisque je ne connais point d’homme, et que j’ai promis à Dieu de rester vierge ? »

Or, la condition qu’elle y mettait était précisément le motif qu’il l’avait rendue digne d’être choisie de Dieu pour le suprême honneur. Gabriel répondit donc qu’elle serait à la fois mère et vierge, par un miracle de la toute-puissance de Dieu :

« Le Saint-Esprit surviendra en vous, dit-il, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Et à cause de cette vertu infinie, le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu. »

L’annonce d’un prodige si nouveau avait besoin d’être garantie par Dieu même. L’ange en donne comme gage le miracle par lequel le Seigneur a rendu mère une femme stérile : « Et voici, ajoute-t-il, qu’Elisabeth, votre cousine, a conçu elle-même un fils dans sa vieillesse. Et celle qui était stérile est maintenant dans le sixième mois de sa grossesse. Connaissez par là que rien n’est impossible à Dieu. »

Mairie, en pleine connaissance de cause, informée de tout ce que Dieu voulait d’elle, résolut avec son aide à porter la grâce incomparable de la maternité divine, donna son consentement à l’ange en lui disant : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole. » L’ange se retira.

Entre cet ange et cette Vierge, dans cette petite ville obscure de Galilée, au milieu du silence de la nuit, venait de se traiter la plus importante affaire qui n’ait jamais été traitée au monde. Saint Bernard, méditant sur la part qu’y prit Marie, s’adresse ainsi à la bienheureuse Vierge, au moment où elle va prononcer son fiat :

« Vous avez entendu l’ange vous annoncer que vous concevrez et enfanterez un Fils, et que cela ne sera pas l’œuvre de l’homme, mais bien celle du Saint-Esprit. L’ange attend votre réponse ; car il est temps qu’il retourne vers Celui qui l’envoie. Et nous aussi, ô notre Dame ! nous, misérablement courbés sous une sentence de damnation, nous attendons de vous une parole de compassion. Ce qui vous est offert, c’est le prix de notre salut ; nous serons délivrés si vous y consentez. Nous avons été créés par le Verbe éternel, et voici que nous mourons ; nous serons réparés par une brève réponse de votre bouche ; votre parole nous rappellera à la vie.

Cette parole, ô miséricordieuse Vierge, le triste Adam, exilé du Paradis, et sa race infortunée l’implorent ; Abraham, David, tous les autres saints vos pères, détenus dans l’ombre de la mort, la réclament. Le monde entier, prosterné à vos genoux, l’attend. Et ce n’est pas sans raison ; car de la parole que votre bouche va prononcer dépend la consolation des malheureux, la rédemption des captifs, de la délivrance des condamnés, le salut de tous les enfants d’Adam, vos frères. Vierge, répondez, hâtez-vous. O notre Dame ! répondez ce mot qu’attend la terre, qu’attendent les cieux et les enfers. Le Roi et le Seigneur de l’univers, qui a soupiré d’une si grande ardeur votre réponse ; car c’est par elle qu’il se propose de sauver le monde…

Répondez une parole et recevez le Verbe ; proférez votre parole, concevez la parole de Dieu ; prononcez cette parole qui passe, et étreignez dans votre sein la Parole éternelle. Pourquoi tardez-vous ? Pourquoi tremblez-vous ? Croyez, bénissez Dieu, et acceptez. Que votre humilité s’enhardisse, que votre crainte se change en assurance. Ouvrez, ô Vierge bienheureuse, votre cœur à la foi, vos lèvres à la louange, vos entrailles au Créateur ! Le Désiré de toutes les nations attend là dehors, debout à votre porte, et il frappe. Oh ! s’il allait passer outre, tandis que vous hésitez, il vous faudrait recommencer à chercher en pleurant le bien-aimé de votre âme. Levez-vous, courez, ouvrez-lui. Levez-vous, par la foi, courez par la dévotion, ouvrez-lui par l’aveu de votre désir. – Voici la servante du Seigneur, dit Marie ; qu’il me soit fait selon votre parole. »

L’Incarnation du Fils de Dieu

A l’instant même où Marie fit à l’ange cette réponse, la Sainte Trinité opéra en elle la plus grande des œuvres de Dieu. Par la puissance du Père, par l’amour du Saint-Esprit, le Verbe Sagesse Eternelle de Dieu, comme un rayon de soleil qui pénètre le cristal sans le briser ni l’altérer, entra personnellement dans le sein de la Vierge, et de son plus pur sang se forma un corps humain. Les trois personnes divines concourent ensemble à revêtir le Verbe de la nature humaine ; mais la seule personne du Verbe dépouilla à nos yeux l’éclat de la divinité, prit la forme de l’esclave et devint un homme en tout semblable à nous par son apparence extérieure.

Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Dieu n’a point perdu sa divinité, mais il a pris notre humanité. Il est Dieu et homme tout ensemble, Homme-Dieu. Les deux natures, humaine et divine, sont véritablement en lui, non pas confondues en une, mais réellement distinctes. Et si distinctes qu’elles soient, leur union est tellement intime et parfaite qu’il n’y a point deux personnes, mais une seule, qui est celle du Fils de Dieu.

Mystère insondable pour notre raison, et qui confond notre pensée ! La nature divine qui rencontre la nature humaine et s’unit à elle pour former un seul Jésus-Christ ! Mais qui considérera attentivement tout ce mystère : d’un côté la grandeur de Dieu éternel, infini, créateur de toutes choses ; de l’autre, la misère de l’homme, être d’un jour, borné, dépendant de tout ? Qui mesurera autant que cela est donné à l’homme, la distance qui sépare l’infini du fini ; comprendra au moins une chose dans cet incompréhensible mystère, c’est que Dieu nous a aimés d’un amour au-dessus de toute compréhension ; c’est que notre confiance envers lui ne doit point avoir de bornes, puisque celui qui n’a pas épargné pour nous son propre Fils ne saurait après cela rien épargner pour notre sanctification, et qu’enfin notre amour et notre service tout entier appartiennent à l’Homme-Dieu qui s’est fait notre serviteur par amour. Il nous a servis pour que nous le servions ; car, sous la forme de serviteur qu’il a revêtue, il est notre Dieu, notre Roi et notre Juge.

Or, cet incomparable bienfait que Dieu fît à la terre fut d’abord confié en dépôt à la Vierge Marie seule, afin qu’il fût donné au monde tout ensemble par Dieu le Père et par la Sainte Vierge. Marie est ce vaisseau béni qui, par le mérite de sa sainteté, va aborder aux plages lointaines du Ciel, y reçoit le pain spirituel qui doit alimenter tout le peuple chrétien par la foi et l’Eucharistie, et revient vers nous avec sa précieuse cargaison pour consoler dans leur exil tous les enfants d’Adam. Si Dieu, d’après saint Paul, ne peut plus rien nous refuser après nous avoir donné son Fils pour être notre frère, combien plus, l’ayant donné à Marie pour être le Fils de ses entrailles, lui accordera-t-il tout ce qu’elle lui demandera pour notre salut !