Saint Amand

Fête le 6 février

Evêque missionnaire


Saint Amand, apôtre de la Flandre, quitta, encore adolescent, le château de ses pères, pour se donner à Dieu dans une île solitaire de l’Océan. Le démon, irrité de sa précoce sainteté, l’attaqua un jour sous la forme d’un serpent, mais le saint le mit en fuite par un signe de Croix. – A la mort de saint Amand un de ses religieux vit son âme, éclatante de lumière, admise au nombre des bienheureux.


I. – Premières années de saint Amand

Ce fut le 7 mai 594 que naquit, à Herbauge sur la Loire, saint Amand, l’un de ces évêques missionnaires qui, suivant le mot du protestant Gibbon, firent le beau royaume de France comme les abeilles font une ruche.

Ses parents, les plus puissants du pays, unissaient à l’éclat de leur naissance celui de la vertu.

Son père, Sérénus, était duc de la troisième Aquitaine ; sa mère s’appelait Amantia ; tous deux descendaient de ces vieilles familles sénatoriales de la Gaule, qui, en dépit des invasions barbares, avaient conservé un caractère de civilisation.

Amand fut reçu par ses nobles parents comme un don du Seigneur. Il grandit sous les regards vigilants.

Quels furent pour lui les premiers actes, les premières paroles qui d’ordinaire font présager l’avenir dans un tout jeune enfant ; c’est que nous ne saurions dire.

Les légendes passent sous silence les années de son enfance, et ne nous le font retrouver que quinze ans plus tard dans les écoles épiscopales de son temps.

II. – Amand fuit le toit paternel

Par leur vigilante sollicitude, Sérénus et Amantia réalisèrent comme à leur insu les desseins de Dieu sur leur fils.

En effet, parvenu à cet âge de la jeunesse où le monde apparaît sous ses plus riantes couleurs, Amand ne respirait déjà plus que l’amour de Dieu, et ne voulait plus que lui pour tout héritage.

Vint donc le jour où foulant aux pieds les honneurs et les richesses qui l’attendaient, il s’échappa du château de son père, pour se réfugier dans une île de l’Océan.

Amand ne jouit pas longtemps de la solitude de ce monastère, mais si court que fut son séjour, il suffit pour dévoiler à tous la sainteté de sa vie.

Un jour qu’il travaillait dans l’intérieur de l’île, il vit tout à coup fondre sur lui un affreux dragon ; en ce pressant danger le jeune moine fit au Seigneur une ardente prière, et se tournant intrépidement vers le monstre il lui ordonna de s'aller jeter dans la mer, ce qui fut fait à l'instant.

Peu de temps après, Amand eut à soutenir une lutte autrement terrible que celle du serpent.

Le duc son père ayant découvert sa retraite, voulut le ramener en Aquitaine pour le faire héritier de ses biens. Tout ce que l’homme peut faire, Sérénus le fit pour décider son fils, mais Amand fut insensible à la tendresse et aux menaces qui lui furent prodiguées tour à tour.

Toutefois craignant quelques violences de la part de ses parents, il se réfugia à Tours auprès du tombeau du glorieux saint Martin. Ce fut là qu’Amand reçut la tonsure des clercs, et jura de ne plus rentrer dans la maison de son père.

Mais malgré son désir de vivre et de mourir auprès du Patron de la France, Dieu qui guidait ses pas le fit partir pour Bourges où il devait subir la dernière épreuve avant les travaux qui l’attendaient.

III. – Saint Amand reclus

Déjà vieillard non par l’âge, mais par la maturité et la sagesse de ses pensées, Amand voulut après avoir sanctifié sa jeunesse dans la pratique de toutes les vertus, passer l’âge viril dans la réclusion.

Saint Austrégésile, évêque de Bourges, auquel il confia son dessein, accepta le sacrifice, et le conduisit solennellement dans une étroite cellule sur les remparts de la cité.

Victime volontaire pour les péchés du peuple, le saint reclus n’eut plus dès lors d’autres communications qu’avec Dieu. Il passa quinze années de sa vie dans cette solitude, ne vivant que de pain d’orge trempé dans de l’eau, mortifiant sa chair par les plus cruelles macérations, et se préparant comme un vaillant athlète aux plus rudes combats.

Amand sortit de sa retraite avec les ardeurs des premiers apôtres. L’âme purifiée, l’intelligence illuminée par la Sagesse Divine, le front marqué peu après du sceau indélébile du sacerdoce, il entra résolument dans la carrière apostolique que nous lui verrons si glorieusement parcourir.

IV. – Saint Amand à Rome

Amand voulut commencer ses courses apostoliques par un pèlerinage ad limna. Saint Grégoire le Grand qui désirait si ardemment la conversion des Gaules le reçut avec une paternelle bonté, et le bienheureux Pierre lui vint en personne signifier ce qu’il attendait de lui pour l’avenir.

Comme il se rendait chaque jour à la basilique des saints apôtres, il lui arrivait parfois de se cacher derrière les colonnes afin de pouvoir y passer en prière la nuit comme le jour. Un soir cependant il fut découvert et rudement chassé par les gardiens qui fermèrent les portes derrière lui. Amand se vengea en passant la nuit devant l’entrée de la basilique. Ce fut alors que saint Pierre lui apparut sous l’aspect d’un vénérable vieillard : « la moisson est abondante en Gaule, lui dit-il, va la recueillir au nom de Dieu comme un bon et vigilant moissonneur ; va convertir les âmes des païens. »

Amand partit, mais à son retour il se vit contraint malgré ses humbles supplications de recevoir l’onction épiscopale ; néanmoins, ces honneurs ne l’empêchèrent pas d’accomplir de point en point les ordres de saint Pierre.

Il s’en alla comme un simple missionnaire vers les peuplades les plus farouches du nord des Gaules, il parcourut tour à tour les rives de la Lys et de l’Escaut prêchant l’Evangile de Jésus-Christ aux indomptables habitants des Flandres et de la Belgique. Dieu sait ce qu’il eut alors à souffrir ! Ce n’était pas peu de chose en effet que de combattre le fanatisme de nos pères et de renverser les autels d’Odin et de Teutatès.

C’est là cependant ce que fit avec succès notre intrépide missionnaire ; on le vit même plusieurs fois arracher des victimes humaines aux mains des sacrificateurs, et faire plier ces bêtes farouches sous le joug suave du christianisme.

V. – Saint Amand au pays de Gand

Mais le lieu où le saint apôtre eut le plus à souffrir pour le nom de Jésus-Christ fut le pays de Gand qui avait encore comme les villes de la Germanie, ses bois sacrés, ses fontaines auxquelles il rendait un culte superstitieux.

Ses habitants furent impitoyables pour le courageux Amand ; ils le frappèrent, lui meurtrirent le visage ; et les femmes, plus fanatiques encore que les hommes, le jetèrent plusieurs fois dans l’Escaut.

Dieu cependant qui veillait sur son serviteur, sut bien lui faire trouver le moyen de fléchir le cœur de ces barbares.

Un certain comte franc ayant fait périr par la potence, au nom du roi son maître, un criminel public, saint Amand au nom du roi du ciel le rendit vivant à la multitude qui dès lors reçut l’Evangile de Jésus-Christ avec autant d’empressement qu’elle en avait mis à le repousser. Il n’en fallut pas davantage pour faire jaillir cette étincelle qui eut bientôt communiqué la lumière à tous ces pauvres idolâtres.

Son œuvre de salut achevée en ce lieu, saint Amand se mit à parcourir tout le littoral de la mer où se faisait le trafic des esclaves ; il en visita tous les marchés, rachetant de ses propres deniers à des pirates un grand nombre de ces jeunes Anglais, de qui saint Grégoire disait dans le même temps : Ce ne sont pas des angles… mais des anges.

VI. – Exil de saint Amand. – Baptême de Sigebert.

Le roi Dagobert formé à la vertu par saint Arnoulf de Metz, et à la science du gouvernement par le vénérable Pépin de Landen, faisait les délices de ses sujets durant les premières années de son règne, tant par la pureté de sa conduite que par la bonté de son cœur.

Mais que ne peuvent faire de perfides conseillers auprès des rois !… Dagobert démentit son glorieux passé pour se jeter dans les plus violentes passions.

Dès qu’Amand connut ces scandales d’autant plus redoutables qu’ils venaient de plus haut, il n’hésita point ; il se rendit à la cour où, comme un autre Jean-Baptiste, il reprocha librement au roi ses prévarications, le menaçant des vengeances du ciel s’il ne changeait de conduite.

L’exil fut la réponse de Dagobert. Il fut toutefois de peu de durée.

Contrit et repentant, le roi rendit pleine justice au courageux pontife, il voulut même comme gage de réconciliation qu’il vint donner le baptême à son fils.

Amand ne put résister à ses instances, ainsi qu’aux sollicitations d’Eloi et d’Ouen, jeunes seigneurs de la cour, et il baptisa le futur roi des Francs.

Or, rapporte la légende, comme le saint pontife bénissait son fils spirituel au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Sigebert, bien qu’il n’eût encore que quarante jours, répondit d’une voix claire et distincte : Amen. Ce qui fit dire aux assistants, ce que les Juifs disaient jadis à la naissance de Jean : Quel sera donc plus tard cet enfant ?

VII. – Saint Amand en Slavonie

En ce temps là, un Franc du nom de Samon, s’étant rendu dans le pays qu’arrose le Danube, les Slaves en firent leur roi à cause de son habileté et de sa bravoure à la guerre.

Saint Amand résolut de profiter de cette circonstance pour aller convertir ce peuple idolâtre, ou du moins obtenir de lui la couronne du martyre.

Il vint donc en Slavonie, mais sa parole tomba sur une terre encore trop inculte, et ne recueillit pour tout fruit que les persécutions qu’il avait déjà souffertes au pays de Gand.

Il fut impitoyablement chassé par ce peuple qui ne connaissait et ne voulait que la guerre, et il dut quitter ce pays sans même obtenir la mort glorieuse qu’il était venu y chercher.

Nullement découragé par ces insuccès, le bienheureux Amand partit pour Rome, afin de puiser des forces nouvelles au tombeau des Apôtres.

Il faillit perdre la vie dans ce nouveau voyage. En effet une violente tempête s’éleva tout à coup sur la mer, et menaça d’engloutir le vaisseau. Tous les moyens humains ayant échoué, le saint pontife eut recours à son refuge habituel, à la prière, et il fut exaucé. Saint Pierre lui apparut aussitôt et lui dit : « Ne crains rien, mon fidèle serviteur, la mer n’a point de pouvoir sur toi » ; puis ayant commandé aux flots irrités comme jadis le Sauveur, le plus grand calme succéda à la tempête.

VIII. – Saint Amand évêque de Maestrich

Longtemps après les événements que nous venons de rapporter, le vénérable évêque de Maestrich, étant mort, le pieux roi Sigebert voulut voir son père spirituel saint Amand sur ce siège placé au milieu des populations les plus indociles de l’Austrasie.

Dans cette nouvelle dignité, Amand fit pour son vaste diocèse ce qu’il avait fait pour les autres peuples.

Tout brûlant du même zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, on le vit parcourir villes et bourgades prêchant l’Evangile aux païens, dispersant les derniers vestiges de l’idolâtrie, semant après lui les miracles pour forcer en quelque sorte les conversions et détruire le prestige du culte national.

Ayant un jour rencontré une pauvre femme aveugle, il lui demanda la cause de son infirmité.

- C’est Dieu, lui répondit-elle, qui est cause de mon mal ; j’ai rendu un culte sacrilège aux arbres de la forêt, et j’ai été punie.

- Allez donc frapper de la hache l’un de ces arbres, reprit saint Amand, et vous serez guérie.

Effectivement, cette pauvre femme ayant obéi, recouvra la vue aussi promptement qu’elle l’avait perdue.

Passant un autre jour par un petit village, le saint apôtre rencontra un possédé du démon, criant au milieu des plus effroyables convulsions :

- Jésus-Christ, ayez pitié de moi, Jésus-Christ ayez pitié de moi !

Et Satan qui le torturait ainsi, répétait en ricanant :

- Quel Jésus-Christ ? Quel Jésus-Christ ?

A ces paroles, Amand s’écria :

- Mon fils, dites Jésus-Christ crucifié.

Dès lors les ricanements firent place aux plus affreux hurlements, et dès que le pauvre patient se fut écrié : « Jésus-Christ crucifié, ayez pitié de moi ! » Satan sortit du corps de sa victime, pour ne plus y rentrer.

IX. – Réforme du clergé de Maestrich.

Le zèle apostolique de saint Amand rencontra la résistance la plus opiniâtre et la plus inattendue dans le sein de son propre clergé.

Recrutés dans les rangs des barbares convertis, les prêtres étaient loin pour la plupart de porter dignement leur caractère sacerdotal. Le temps, les guerres, réveillaient en eux les anciennes coutumes de la Germanie. Dès lors, plus de respect pour la sainteté de leur état ; ils prenaient part aux fameuses ghilctes ou conjurations, se mêlaient aux plus rudes guerriers de l’Austrasie, assistaient à leurs libations, et se livraient à tous leurs désordres qui en étaient les conséquences.

Saint Amand réagit de toutes ses forces contre ces scandales.

- Frères bien-aimés, disait-il, vous êtes appelés pasteurs dans l’Eglise, vous êtes les sentinelles préposées à la garde du troupeau, nous vous supplions de méditer sans cesse sur les importantes fonctions de votre ministère.

Ces paroles du saint évêque furent entendues de plusieurs des prévaricateurs, mais le plus grand nombre, en dépit des menaces et des censures canoniques, s’opiniâtrèrent dans leur péché. Dès lors, saint Amand remit sa cause entre les mains de Dieu qui ne tarda pas à lui rendre justice.

En effet, survint dans le pays de Maestrich un terrible fléau qui fit cruellement mourir les plus endurcis dans le mal.

Amand gouverna quelque temps encore ce grand diocèse, puis il s’en démit pour reprendre la vie de missionnaire qu’il avait quittée si à regret, et dans laquelle nous le verrons mourir.

X. – Saint Amand fonde des monastères

Saint Amand ne se contentait pas de porter partout la bonne nouvelle, mais il fondait en même temps de nombreux monastères, qui tout en fécondant le grain qu’il avait jeté, rendaient les plus grands services à l’Eglise et aux diverses sociétés de cette époque.

Les missionnaires convertissaient les idolâtres au christianisme, mais les monastères, par leurs travaux, réconciliaient entre eux des peuples guerriers et farouches. Aussi saint Amand, qui n’ignorait pas ces grands avantages, multiplia-t-il ces saintes fondations dans les Pays-Bas et dans le royaume des Francs. Ce ne fut pas toutefois sans luttes et sans obstacles.

Satan, dans sa haine éternelle contre les moines, suscita contre lui tout le mal que son esprit infernal put inventer ; il voulut attenter à sa vie, mais son aveugle rage ne servit qu’à la glorification de Dieu dans son serviteur.

Un certain évêque, rapportent les légendes, fort mécontent de ce que saint Amand voulait établir ses moines dans le pays, donna secrètement l’ordre de le tuer, et pour cela il le fit conduire dans un lieu solitaire. Mais il comptait sans le secours du ciel qui prit en cette circonstance la défense du saint pontife.

En effet, bien que le ciel fût pur et sans nuages, un violent orage éclata soudainement, accompagné de tonnerres et d’éclairs qui aveuglèrent de telle sorte les meurtriers, qu’ils se jetèrent glacés d’épouvante, aux pieds de leur victime, demandant pardon de leur crime.

Ainsi, malgré l’enfer, saint Amand put fonder un grand nombre de ces centres monastiques qui devaient se perpétuer à travers les âges ; toujours combattus par Satan, mais renaissant sans cesse avec plus de force et de vigueur sous des formes nouvelles.

XI. – Saint Amand et la noblesse

Tandis que le saint missionnaire annonçait l’Evangile aux pauvres et aux petits, il exerçait sa douce influence sur les plus illustres personnages du royaume.

Il éclairait de ses conseils les leudes de la cour, il dirigeait les vierges et les veuves dans leurs châteaux. Il remplaçait partout l’élément barbare par la suavité du christianisme.

Parmi les nombreuses familles dont saint Amand fut le père spirituel, on peut citer celle de saint Mauger et de sainte Waudru, son épouse ; celle du vénérable Pépin de Landen, dont il était l’âme et l’intime conseiller ; celle de saint Adalbaud et de sainte Rictrude dont l’Eglise fait mémoire de tous les membres en ses antiennes.

Sous ce sage directeur, on vit des guerriers francs et de nobles dames donner au monde le spectacle de toutes les vertus et de la plus héroïque abnégation.

Pour ne citer qu’un exemple, sainte Rictrude ayant perdu saint Adalbaud, son époux, voulut aussitôt prendre le voile et passer le reste de ses jours au fond d’un monastère. Mais la politique de Clovis II s’y opposa ; ce prince voulait qu’elle prit un autre époux parmi les leudes de sa cour.

Soutenue par saint Amand, la sainte veuve persista inébranlablement dans son dessein.

Or, un jour qu’elle avait invité le roi et bon nombre de seigneurs de sa cour à un banquet somptueux, au milieu du festin, elle lui demanda s’il lui était permis de faire en sa maison ce qu’elle voulait.

Le monarque, croyant qu’elle voulait offrir en son honneur un vin plus généreux, répondit qu’elle le pouvait.

Rictrude, tirant alors un voile noir de son sein, elle se le posa sur la tête, jurant devant tous de ne plus l’ôter de sa vie.

Le roi fut si fort en colère de cette action qu’il sortit brusquement du château sans vouloir rien entendre. Toutefois, saint Amand, qui le suivit à la cour, sut si bien calmer ses ressentiments que Rictrude put se retirer librement pour le reste de ses jours dans le monastère de Marchiennes.

XII. – Conversion du comte Bavon

La conversion de Bavon, comte d’Hasbanie, fut l’une des conquêtes les plus glorieuses de saint Amand.

Bavon était la personnification du barbare, du Sicambre farouche.

Il n’était aucune violence à laquelle ne se livrât le terrible comte ; le moindre délit était puni de mort, son nom seul inspirait la terreur à ses sujets et aux pays d’alentour.

Bavon eut cependant le bonheur de recevoir en mariage une épouse chrétienne, ce fut son salut. Il s’adoucit peu à peu sous l’influence de sa femme, qui fit sur lui ce que sainte Clotilde avait fait sur le roi Clovis, et lorsqu’Amand arriva, il n’eut plus qu’à frapper les derniers coups.

Bavon pour la première fois de sa vie s’humilia devant le pontife du Seigneur, il demanda à genoux le pardon de ses crimes.

Il changea dès lors si bien de vie, qu’ayant un jour rencontré un de ses serviteurs qu’il avait maltraité, il lui ordonna de lui lier les mains et de le conduire en prison où il vécut trois jours au pain et à l’eau.

Bavon distribua dans la suite ses biens aux pauvres, et se fit reclus au milieu du pays qu’il avait épouvanté par ses violences.

Guidé par le glorieux saint Amand, il devint le grand saint Bavon, que les Flandres belges reconnaissent encore pour l’un de leurs glorieux patrons.

XIII. – Saint Amand à l’abbaye d’Elnon

Le plus célèbre des monastères fondés par saint Amand fut celui d’Elnon.

Ce fut là qu’il se choisit une petite cellule pour y passer dans le silence les dernières années de sa vie.

Son grand âge et l’épuisement de ses forces ne lui permettant plus de se livrer à ses travaux apostoliques, saint Amand se donna tout entier à la formation de ses disciples qui devaient le remplacer ; il devint abbé du monastère d’Elnon.

Quelle vie laborieuse et austère ne dut-il pas mener au fond de son abbaye ?

Nous aimons à nous représenter ce vénérable vieillard le corps affaibli par l’âge, mais l’âme vivante et vigoureuse, comme le type accompli du moine.

Un trait échappé à la plume si avare des chroniqueurs, justifie ses suppositions et nous montre en même temps comment il entendait l’obéissance dans ces disciples.

Un moine du nom de Chrodobalde ayant reçu l’ordre de préparer des clercs pour le service de la communauté, promit, mais ne fit rien de ce qui lui avait été ordonné.

Or, comme il venait excuser sa conduite auprès du père abbé, il tomba soudainement frappé d’une paralysie complète de ses membres. Déjà il était sur le point de rendre le dernier soupir, lorsque saint Amand qui ne voulait pas la mort du pécheur mais sa conversion, le rendit à la vie, non toutefois sans l’avoir sévèrement repris de son opiniâtreté et de sa désobéissance.

Ce très saint pontife fut jusqu’à ses derniers moments un maître excellent, et ceux qui le connurent trouvèrent en lui un guide aussi sage qu’expérimenté.

XIV. – Mort de saint Amand

Cependant, le temps approchait où le saint vieillard allait échanger sa solitude d’Elnon pour le royaume du ciel.

Il avait combattu le bon combat, achevé sa course, et maintenant il allait recevoir la couronne de justice qui lui était réservée.

Epuisé par l’âge, par les labeurs de l’apostolat, et les austérités de la vie monastique, il acheva dans la paix son pèlerinage terrestre, au milieu de ses enfants.

- Je ne crains pas cette heure suprême, leur disait-il, car la vie de l’homme doit être une préparation continuelle à ce passage, mais c’est plutôt pour vous que je crains, mes fils bien-aimés, dont le salut m’est si cher.

Sentant venir sa mort, il voulut la recevoir devant l’autel de la Sainte-Vierge ; il s’y fit donc transporter, et là sous les regards de sa divine Mère, soutenu dans les bras de ses disciples, son âme se dégagea sans effort et s’envola vers les cieux.